No Way Out ne s’est, à ce jour, pas exprimé sur la question du travail du dimanche, en effet nous avions tendance à ne travailler que
le dimanche et à ne rien foutre d’autre le reste de la semaine, comme le ferait tout bon chômeur qui glande devant facebook toute la sainte semaine pour aller pignoler les vers de terre de son
jardin ouvrier le jour du seigneur.
Autant que j’annonce la couleur : Hal, en son for intérieur d’emmerdeur de pensées iniques et bien rondes en bouche, est pour le
travail le dimanche. Mais aux esprits étroits, je dirais cela : calme, mon ami, ta colère que je vois poindre par la crispation de tes doigts sur ton clavier et ta souris. N’exprime point
encore ton courroux. La suite est pire.
Pour faire simple, j’ai vaguement ouï-dire, depuis une prétendue loi de séparation des églises et de l’Etat, votée en 1905, que nous
vivions dans un état laïque.
Je ne jouerais pas le jeu du libre-penseur ni encore moins de l’anarchiste moyen, mais qui songerait à remettre en cause une loi qui
accorde une totale liberté aux religions tout en n’en privilégiant aucune ? Personne, ami lecteur ? Nous sommes d’accord.
Pourtant, faquin que tu es, tu es bien heureux de ne pas avoir à te mouvoir dans une humble migration pendulaire en ton bureau ou ton usine le jour de Noël, de l’Ascension, et lors d'autres
fiestas religieuses qui arrachent des larmes de contentement aux cathos parce qu’ils peuvent aller branloter officiellement des crucifix et des prêtres dans les églises.
Mais alors, quid de la laïcité ? Elle est où la satanée république laïque là ? Aux oubliettes ?
Le monde ouvrier s’est fait taper sur la gueule en défendant des acquis sociaux réels mais aussi des usages dont la plupart sont
religieux ! Dans ce cas, pourquoi n’intègre-t-on pas hanoukka ou l’aït el kebir dans le calendrier ? Ou pourquoi n’en vire-t-on pas les jours fériés que sont les fêtes catholiques où
la bondieuserie du crucifié s’impose à tous ? Une république ne peut se prétendre laïque si elle maintient dans son organisation sociale, temporelle, des jours fastes qui participent de la
mise en avant d’une religion aux dépens des autres. C’est ne pas respecter sa propre loi.
Faut être logique jusqu’au bout, merde !
De facto, le dimanche n’est en aucun cas un acquis social. C’est une représentation sociale mais surtout religieuse d’un jour de repos
par lecture métaphorique des textes bibliques. Nul trace de combat social dans la loi concernant le dimanche.
Ce jour permettait aux ouvriers, aux paysans, d’aller se rapprocher de dieu dans les églises pour penser qu’ils pouvaient espérer
quelque chose de mieux que leur triste sort. On voit aujourd’hui qu’il n’en est rien. Aujourd’hui c’est prier plus pour espérer plus ; rien d’autre.
Alors, permettre à n’importe qui de bosser le dimanche, sous conditions bien sûr, pas dans le cadre pseudo-esclavagiste défini par les
termes de la loi votée récemment, c’est foutre en l’air un carcan idéologique religieux.
Permettre le travail du dimanche, ce ne devrait pas être législatif. C’est un usage moral qu’il faut mettre à bas. On gagnera en laïcité ce qu’on perdra en religieux. Et peut-être pourra-t-on
espérer vivre vraiment dans un état laïque.
Ce jour de repos obligatoire, compensatoire face au dimanche travaillé peut être mobile dans la semaine, les paies doublées ce jour
là, aucune sanction ne devrait être possible ou envisageable pour les salariés qui refuseront de bosser le dimanche.
Et là, tout irait bien. Oui, je sais, je frôle l’utopisme basique !
Et qu’on ne nous rabâche pas que c’est ignoble d’aller consommer le dimanche. Les veaux consommateurs qui hurlent contre cela sont
ceux-là même qui poussent leurs chariots les quelques rares dimanches où les dérogations permettent les ouvertures. Alors merde, arrêtez d’avoir la connerie sélective et ayez une intelligence
globale.
Si vous consommez le dimanche, c’est que vous ne bossez pas, donc vous bosserez un autre jour de semaine où vous ne consommerez pas.
Tout s’équilibre. Sauf si vous avez la chance d’être chômeur ou Rmiste, RSAiste, auquel cas, de toute façon, vous ne pouvez pas consommer, le problème est donc réglé.
Pour redevenir sérieux, un lissage de la consommation à toutes les chances de se mettre en place dès lors que ce qui fait encore
figure d’exception sera devenu une habitude.
Les familles se retrouveront autrement, les rôtis dominicaux seront bouffés d’autres jours, les enfants piqueront dans le
porte-monnaie de mémé à d’autres moments de la semaine. Pas d’inquiétude, tout ira bien. La force de l’habitude rend étriqué et empêche d’évoluer.
De plus, taffer le dimanche, c’est aussi faire un choix de société, non pas celui de travailler, pas forcément, mais aussi d’éviter
que le dimanche soit un jour « off » dans la semaine. Celui d’éviter de se fader Drucker et des séries infâmes ce jour-là cependant que les programmes sont différents les six autres
jours. C’est éviter que les centres-villes soient morts si tant est que les autorisations d’ouvertures soient accordées aux petits commerces, ce qui n’est pas le cas systématiquement actuellement
dans le cadre législatif voté, ce qui implique de plus une concurrence déloyale face aux temples lamentables de la consommation qui bousillent les banlieues et les entrées des villes.
Les usages, via cette loi, les habitus chers à Bourdieu, doivent se créer. Et ce sera le cas. Il ne faut pas considérer que le boulot dominical est une sombre merde. Parmi les voix qui se sont
élevées, on a surtout entendu des gens qui ne seront jamais concernés : fonctionnaires des impôts, prof, etc.
Mais le boulot du dimanche est une réalité déjà constatée et vieille comme Hérode. EDF, GDF, SNCF, Flics, hôpitaux, Bars, restos,
ciné, free lance, artisans, saisonniers, etc. , nombres de personnes bossent déjà le dimanche. Les compensations existent. Pas pour tous. Il serait nécessaire de les repenser. Il est encore trop
d’employeurs qui obligent les plus précaires à bosser le dimanche, faute de quoi ils sont virés. Ces employés dominicaux, étudiants, mère de famille n’ayant pas le choix, intérimaires, ou autres
contrats à temps partiels subissent actuellement ce qui devrait être un vrai choix.
Pour en revenir à la religiosité dominicale, pourquoi doit-on encore subir les défenseurs de l’église qui veulent conserver une
tradition cléricale défendue au nom de la république ? Celle-ci est laïque, je le répète, et ne peut souffrir que des députés de gauche ou de droite, prétendus défenseurs des vertus laïques,
défendent les vices cathos.
Quand on veut évoluer, il faut oublier l’égoïsme et penser un peu plus loin que le bout de son nez. Ce n’est pas parce que dimanche
prochain toute la famille se réunit chez pépé que la loi est pourrie. La loi est pourrie parce qu’elle ne garantit pas une réelle sécurité de l’employé, parce qu’elle ne constitue pas une
évolution sociale. Elle est une régression.
Bosser le dimanche doit être un choix personnel, un choix qui s’envisage au-delà de la tradition mesquine et religieuse. La tradition
est l’alibi des gens qui n’ont pas d’imagination.
Ne pas bosser le dimanche au nom d’un sacro-saint jour de repos, c’est chier sur une laïcité qui arrange tout le monde des fagots et
des hypocrites qui en ont oublié sciemment l’origine biblique. Le jour du seigneur….
Cet article fut rédigé un dimanche. Je suis encore en vie !
Hal.
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