Mercredi 18 mars 2009
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Depuis bientôt deux semaines, je réfléchis à la meilleure façon de retranscrire mes émotions ressenties suite à la lecture successive de La
conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole, et de l'oeuvre de Daniel Keyes, Des Fleurs pour Algernon. Je remercie les personnes
m'ayant indiqué ces ouvrages, révolutionnaires pour mon esprit et pour ma façon de percevoir les choses.
Ces deux bouquins ont en commun le rapport qu'entretient le personnage principal avec la connaissance, la culture, l'art en général, et la façon dont cette course éreintée les fait souffrir,
course après un savoir infini et impalpable.
Ignatius vit de lecture et d'écriture. Il se complaît d'une vie emplie de plaisirs hédonistes. Ignatius critique, vilipende, manigance, mutine, mobilise, révolte. Il en devient un personnage
exécrable. Imprégné de tous les arts et à présent, ses seules forces ne lui servent plus qu'à la lecture et autres écritures. Les valeurs auxquelles il adhère et ses références culturelles n'ont
que peu d'impact sur le monde ouvrier qui l'entoure, celui-ci étant dépourvu de toute culture et d'intérêt pour celle-ci. Très vite, il est rattrapé par les obligations de sa société et de son
temps : s'intégrer et/pour travailler.
Charlie est mentalement handicapé. Cette souffrance le réduit à néant, la moquerie et l'injustice font parties de son quotidien. Désireux d'apprendre pour s'intégrer, il subit une opération
chirurgicale. Ses capacités intellectuelles se retrouvent alors élevées au rang de génie. Surpassant de loin ceux pour lesquels il était jusqu'alors en admiration, il se trouve face à une
nouvelle forme de solitude. Et bientôt le déclin de son intelligence se fait sentir, le ramenant ainsi inévitablement à l'état animal avec toutes les souffrances que cela implique.
Nous vivons aujourd'hui dans une société partagée entre les êtres volontiers d'apprendre et ceux qui s'en contrecarre depuis toujours. Les uns comme les autres ne cesseront jamais. Nous avons
suffisamment épilogué sur l'hydrocéphale de bas étage, place désormais à ceux qui ne considèrent pas le savoir comme l'ennemi juré.
Actuellement, je suis en quête de toujours plus de connaissances. Au travers de ces diverses acquisitions, peu importe leur nature, je m'aperçoit que je m'éloigne de plus en plus de l'ignare de
base. L'ignare justement, c'est le moi avant, mais c'est aussi tous ceux qui j'ai pu fréquenter, avec lesquels j'ai pu m'éprendre de passion, d'amitié ou d'amour. Désormais, tout comme Charlie et
Ignatius, j'ai de plus en plus de mal à nouer des liens avec ce genre d'hominidés. Grand bien me fasse allez vous me répondre. Seulement, qu'advient-il des personnes fréquentées jusqu'à présent ?
Peu à peu, mon élitisme grandissant m'éloigne d'eux, et inversement, ils me font comprendre que nous n'avons plus grand chose en commun. Je n'ai d'ailleurs plus l'envie de les fréquenter, seul
les remords m'y forceraient.
Le degré de savoir et celui des références culturelles seraient-ils les premiers facteurs, les premières conditions à la possibilité d'une sympathie commune ? Charlie se fait rejeter de sa bande
de "compagnons" parce qu'ils ne peuvent plus désormais se moquer de lui. Ignatius ne fréquente plus personne parce que son savoir lui permet d'émettre critiques et avis sur la moindre chose
perçue.
Quel choix faut-il alors faire ? Doit-on être dans l'illusion d'un accompagnement bienveillant mais qui ne considère pas notre personne à sa juste valeur, ou bien faut-il faire le choix d'être
fidèle à ses convictions et connaissances, en risquant de finir seul en terminant premier de cette course. Plus personne ne correspondra alors aux critères recherchés, seul un double pourrait
convenir.
L'inculte comme l'intellect souffrent tous deux de la bêtise populaire. Dans chacun de ces ouvrages, on constate que Charlie et Ignatius parviennent à fréquenter et créer du ciment social
uniquement lorsqu'ils feignent d'adhérer ou bien font totalement partie de cette res publica. Sinon, ils sont traités comme étrangers, fous, infréquentables, attardés...
Et qu'advient-il d'une personne belle sur le plan humain alors ? Se doit-elle d'être exclue si toutefois elle peut apporter de par ses agissements, son tempérament ou autre.
Inévitablement, nous sommes contrains d'admettre certaines bévues, certains oublis, certaines ignorances qui ne devraient être. Seulement il faut aussi savoir rester fidèle à ce que nous dicte
notre passion que j'appellerai curiosité tout simplement, en n'oubliant pas que quelque part, il est plus facile pour Ignatius d'influencer Charlie au stade d'hydrocéphale qu'à celui de
savant.
Je vous conseille dans un dernier élan de rédaction de vous pencher aussi sur Le loup des Steppes de Hermann Hesse. Il relate les aventures d'un
vieux loup solitaire, homme de lettres, découvrant soudainement le monde qui l'entoure une fois sorti de sa tanière.
iWay, fier de lettres.
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