L’apparition dans nos contrées civilisées de spécimens anthropoïdes qualifiés par les plus fins
observateurs zoologistes de « beaufs » a longtemps suscité angoisses et interrogations. La méconnaissance de ces bêtes fauves est souvent à l’origine de comportements antipathiques à
leur égard. Faisons donc connaissance avec les beaufs. Espèce curieuse s’il en est. Jetons ici quelques bases pour mieux les repérer et ainsi s’en préserver
Ce qui de prime abord caractérise le beauf tient essentiellement à la façon dont il se déplace. Souvent
solitaire, il ne se meut que peu sur ses membres inférieurs mais souvent dans un véhicule automobile décoré. Cette décoration manquant passablement de subtilité s’appelle du tuning. Sur sa
carriole sont ajoutés des éléments de carrosserie (preuve certainement d’un minimum d’involution) qui distinguent le véhicule du beauf des voitures humaines. Les transhumances du beauf entre ses
lieux de socialisation sont habituellement accompagnées de bruits insupportables pour les ouies délicates des femmes et hommes civilisés. On reconnaît, puisque le beauf les écoute bien fort, les
éructations primitives et cacochymes de Johnny Hallyday, braillard neurasthénique qui donne un sens à la vie pauvre de toutes ces bêtes : Il en sera de même pour les les femelles beaufs
peroxydées à jupe vulgaire. Curieuse propension au masochisme que celle qui pousse les beaufs à porter leur star en effigie sur les vêtements dissimulant souvent une obésité entretenue à grands
renforts de mauvaises boissons fermentées au nom facile à retenir « Kro », tel un cri animal sonnant le rassemblement autour des points d’eaux fréquentés par les beaufs : le bar
des sport, le balto, le bar PMU de la gare et autres oasis où ces animaux se retrouvent à des heures régulières de la journée dans un mouvement qui, s’il n’était pas perçu comme innée, ferait
l’admiration des zoologistes tant il est spontané.
On peut avoir la chance de les rencontrer facilement car, contrairement à la cacaille ou à la pétasse moyenne
déjà évoquées dans nos études, le beauf est un animal social. Bien sûr, il ne faut pas trop s’en approcher. Ses instincts sauvages même endormis peuvent parfois surgir dans de grands rots
tonitruants dans lesquels on va reconnaître des noms de bêtes qu’il admire. « janpièreperno, janmarilepène , joni » sont parmi les mots les plus reconnaissables. Le reste se perd
dans un idiolecte qu’aujourd’hui encore les plus zélés des crypto-zoologistes peinent à déchiffrer.
Physiquement, le beauf arbore des vêtures très remarquables : souvent, il porte mocassins et pantalon de
sport ou jogging, autant de vêtements primitifs trouvés dans ces lieux curieux où leur principale activité prend place durant les fins de semaine, les supermarchés, avant la période de
reproduction du samedi soir vers minuit devant les postes de télévision. Il arborera aussi des colliers grossiers qui doivent être visibles, au dessus d’un pull à col roulé ou via un col de
chemise ouvert sur le poil gras de l’animal. Autre détail qui différencie l’animal beauf de l’homme, il porte étonnement une grande partie de ses poils de la tête courts, cependant que la nuque
se porte longue, à l’allemande, selon la terminologie des courageux scientifiques étudiant ces meutes d’animaux. Serait-ce là encore un signe d’appartenance à cette espèce encore assez peu
développée ?
Dans ses relations aux femelles, le beauf est des plus curieux. Souvent, il privilégiera des simulacres
amoureux avec son véhicule « tuning », passant avec cette ersatz de femelle plus de temps qu’avec la beauf lui permettant de se reproduire. Ignore-t-il que toute reproduction est
impossible entre l’animal et la machine ? Encore une fois, ce mystère est, à nos yeux humains, insondable. Quand il retrouve sa femelle, de temps à autre, il tend à afficher un comportement
dominant à base d’insultes et de violences fort primaires. Souvent peu avantagée intellectuellement, la femelle du beauf ne montre aucun signe de vie dans son regard, accepte cet état de fait au
sein des mini-meutes que constituent les familles beaufs. Les différentes saillies entre mâles et femelles donnent naissance à des petits animaux au début mignons mais qui très vite seront eux
même beaufs. Preuve s’il en est que cette espèce, à l’instar antithétique du papillon, doit passer par plusieurs stades de régression dans les étapes du développement. D’animal au devenir
certain, il devient un beauf à l’avenir sinistre. Il adoptera les codes de ses géniteurs et en sera imbu. Entre vulgarité (pour faire preuve pour une fois d’anthropomorphisme) et bêtise (idem),
le rejeton du beauf n’enviera rien à la femelle qui l’ a mis bas et au mâle qui le dresse au nerf de bœuf. Oui, le beauf utilise pour asseoir sa domination d’autres animaux qu’il transforme. Le
mini beauf appartiendra à cette communauté animale qui fera toute son existence, et de laquelle il ne sortira pas. La perpétuation inculte est à ce prix.
Lorsqu’il se réunit entre meutes de beaufs dans de grandes salles ouvertes sur le monde, il est étonnant de
constater que, si des humains sans peur peuvent rejoindre le beauf, celui-ci démultipliant les tentatives d’approches à l’égard des femmes et jeunes filles humaines, ils sont vertement tancés par
les humains ou les animaux supérieurs, sans jamais rien y comprendre. Bien sûr, les humaines ayant du goût et présentant des stades de développement très largement supérieurs aux beaufs ne
supporteront pas les after shave Auchan, et s’éloigneront dès la première approche du beauf.
Toujours dans le cadre de sa vie sociale auprès des humains, ces animaux que sont les beaufs se caractérisent
par leur bruits. Très démonstratifs, le beauf crie beaucoup, pousse de forts hurlements rythmés, assimilables à nos rires humains, la vulgarité en plus. Qui plus est, dès lors que les humains se
mêlent aux beaufs, les comportements beaufs changent et les traits de leur caractères sont forcés, démonstratifs. L’un fera voir sa force, l’autre parlera de ses génitoires sans cesse, un
troisième évoquera tuning et johnny, un autre son dernier enivrement, une bagarre pour montrer un semblant de virilité que ne recherchent que les femelles beaufs. Mais le prisme déformant de la
bêtise assimile tout comportement, toute personne, aux normes beaufesques. A tort, mais le beauf n’est pas équipé au niveau cérébral pour s’en rendre compte.
De même, au crépuscule, alors qu’entre chien et loup la nuit tend à revêtir de noirs les méfiances et les
peurs, les beaufs tendent à vouloir concourir dans des compétitions où leur idôle « Kro » est en jeu. Avaler un maximum de ces petites bouteilles vertes semble être une passion commune
à nombre de beaufs de tous âges. Dès lors, leur comportement se modifie. Le beauf devient agressif, fait montre de ces signes cabalistiques tatoués sur sa peau (un aigle appelé Johnny, un cœur
avec môman dedans, une tête de husky au goût certain, etc.).
Les humaines trouvent cela répugnant mais le beauf essaie malgré tout de les attirer dans ses filets
dans le but de tenter une reproduction. Chose qui heureusement n’arrive que peu.
Hormis ces tatouages, le beauf portera aussi un « marcel » ou un maillot de foot lors de soirée
élégantes pour attirer ses futures partenaires, découvrant ainsi sa musculature dont se moque toute femme bien née, préférant les cerveaux qu’eux non pas encore totalement cherché à utiliser.
Oui, vous le voyez, le beauf est resté au final très primitif .
Venons-en pour finir à l’antre, la tanière, qui abrite lors des pluies ou pour se préserver du froid, le
beauf. Souvent dans un ensemble de tanières superposées ("achélème") ou juxtaposées ("pavillondebanlieue") le beauf décore son intérieur avec force napperons, posters de johnny, disque de johnny,
objets arborant johnny (tissus pour sa couche, briquet, assiettes, tasses, etc.) faisant de ce beauf chantant un être visiblement supérieur dans cette race animale inférieure sur l’échelle de
l’évolution. Curieusement, le beauf a réussi à domestiquer d’autres espèces animale, des chiens, souvent des bergers allemands ( qu’il lui arrive de porter en tatouage ou en mettre en photo sur
sa télé). Le mobilier de la tanière reste souvent archaïque, en formica, et de fort mauvais goût. Ses congénères beaufs vivent dans des conditions très similaires, les comportements et habitus
des beaufs sont souvent calqués les uns sur les autres. Nulle intelligence ne se constate donc. Le beauf s’éduque par imitation, et vit haineux dans la copie qu’il beaufise de comportements
humains.
Les mœurs des beaufs sont décidément fort curieuses à appréhender pour l’œil humain habitué à la grâce et à
la beauté. Le cris du beauf le soir au fond des "achélèmes" tend à faire frémir d’effroi les humains, tout comme l’œil de ces derniers se voit agressé par les véhicules beaufs, les vêtures
beaufs, les musiques beaufs, les « kro » beaufs, le langage beauf. Ces topiques d’appartenance à cette espèce animale tendent toujours plus à prouver aux anthropo-zoologistes que les
beaufs doivent avoir raté plusieurs étapes d’évolutions sociales. Preuve encore, s’il en est, de cette involution, TF1 reste la voix de la sagesse dans ces meutes beaufs. Triste vie que celle-ci
en vérité.
Hal.
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