Depuis maintenant des mois, je suis assailli par des hordes d’amis qui essaient de me convertir à leur
nouvelle drogue virtuelle : Facebook. Ces derniers, m’ayant déjà vaincu et fait installer sous leur férule MSN sur mon petit Mac, qui le supporte très mal soit dit en passant, et bien cette
fois, ils ne m’auront pas.
« Mais tu vas voir, c’est un super réseau social. Avec ça, j’ai retrouvé plein de vieux
potes ! »
C’est en général ce qui m’est servi pour m’inscrire sur la chose. Je tiens d’abord à me pencher sur ce point,
celui du réseau social. Cette expression, qu’on utilisera volontiers pour qualifier MSN ou même Myspace est, dès qu’on la creuse est un tantinet soit peu absurde.
Un réseau social, sur le net, est un endroit tout à fait charmant qui permet de mieux connaître autrui, et
plus encore. De ce fait, même si vous ne souhaitez pas le connaître, cet autrui, il peut librement diffuser des photos de vous sur son joli profil (où vous devrez déclencher une guerre de
tranchées pour les voir retirées). Parlez en autour de vous, ce sont maintenant des outils indispensables à notre espèce, sans lesquels nous serions seuls et affamés, tel l’agneau
naissant.
Bon, en quelques mots, et même si je crache un peu dans la soupe, tout ça, c’est de la merde, ni plus ni
moins. Nous avons aujourd’hui affaire à la pire génération de planqués existants, de pseudos sentiments et autres caricatures d’émotions. Car non, aujourd’hui, on ne rencontre plus quelqu’un dans
un bar, fi donc, c’est d’un commun qui serait presque insultant !
Il ne faut guère s’étonner, en notre époque, de constater que plus personne ne sourie dans la rue ou ne répond à vos saluts cordiaux. Voyons, ces gens n’ont pas votre adresse MSN, ils ne vous
connaissent pas ! Car, grâce à ce dernier et à ses petits compères, chacun façonne son propre petit univers, semi virtuel, lui permettant de se débarrasser des inopportuns tout en se sentant
capable de trier qui seront ses amis. Il n’est pas rare de voir un couple se former sans même se rencontrer (et rompre lors de ladite rencontre). Plutôt que de descendre draguer sa boulangère au
décolleté pigeonnant, on préférera accepter le profil de Laura X, qui nous veut comme ami sur tel ou tel site. Au lieu d’appeler un pote lors d’une mauvaise phase pour se payer un verre, on se
dirigera plutôt sur le chat, qui nous permettra d’économiser les calories du déplacement.
Le pire, c’est que, chers lecteurs, sans que vous vous en doutiez, en ce moment même, sur MSN de grands drames se nouent. A est parti sans dire au revoir à B, ce dernier, de fureur lui fera le
reproche au même endroit (et non pas sur son lieu de travail où il le rencontre), précisant que c’est un salopard de malotru. Au même moment, C déclame son amour brûlant à D, sans même se voir,
sans même se toucher. L’un a, à ce qu’il paraît, pris de grands risques en tapotant furtivement un pitoyable « jtm, tu vx srtir avec moi ?» (la version par SMS est pas mal non plus).
Enfin, E tente de s’excuser auprès de F, tentant de lui démontrer qu’il n’a jamais au grand jamais révélé des informations à G à propos de H.
Tout cela, il y a 15 ans, si je l’avais écrit, on se serait bien foutu de ma gueule, me disant que le net, ça
n’aurait pas une telle envergure, et que de toutes façons, certaines choses ne peuvent se dire qu’en face, non ?
Maintenant, et c’est le pire, je n’exagère même pas la situation. Jeunes, nous sommes visiblement devenus lâches, préférant appréhender les gens, se brouiller avec eux, les aimer derrière un
écran froid, plat et gris plutôt que d’aller respectivement leur gueuler dessus comme un goret avant d’enchaîner par une manchette assassine. L’autre, et c’est dommageable, nous terrorise
tellement que nous préférons lui faire passer un petit examen en sécurité plutôt que de tenter d’aller de suite vers lui. C’est à se demander comment nous sommes nés, comment faisaient-ils, nos
bouseux de grands parents pour se rencontrer ? Quoi ? Ils n’avaient pas l’ADSL, ah, les nazes !
Qu’on ne me parle plus de ces réseaux sociaux qui ne font, sous toutes les formes, qu’enfermer les gens dans
un univers sordide, qui les cadenassent dans les préjugés et les confirment dans leur mépris de la différence. Qu’on ne me dise plus qu’on y rencontre d’anciennes connaissances, n’y a-t-il pas,
probablement à moins de 100 mètres un parfait inconnu qui pourrait être un NOUVEAU pote, et ce, sans qu’on soit obligé de passer par « c’est quoi ton facebook ? ».
Allons nous aussi, comme dans ce film avec schwarzie, être bientôt obligés de faire l’amour
virtuellement ? Bientôt, l’Homme ne sera plus qu’un esclave de cette peur qui l’anime, alors facilement malléable, et surtout plus facilement surveillable (certes, le mot n’existe pas, mais
il illustre très bien ma pensée, de plus il est hors de question que je laisse la langue française aux vieux barbons croulants de l’Académie Française, Dieu ait son âme).
Appréciez vos réseaux sociaux, quand vous verrez vos enfants faire des soirées beuveries à la maison, mais
seul, chaque pote faisant de même chez lui avec sa webcam, vous comprendrez peut être qu’ils n’en étaient peut être pas.
Belial
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